L’oeuf en chocolat
Il est 5h a la station Châtelet, Vincent, habillé de vert, fait grise mine. Sa vie s’est arrêté il y a cinq ans, quand sans emploi ni diplôme, il fut obligé d’accepter ce travail de balayeur pour la RATP. Le métro, il le connaît si bien, qu’il pourrait rentrer chez lui, à Belleville, sans même ouvrir les yeux. Ce matin, tout particulièrement, son balai lui semble lourd et inutile. il ne lève même plus les
yeux du sol pour laisser passer les gens qui se ruent dans le métro.
Fatigué, il décide de s’asseoir à coté d’une poubelle remplie à raz bord. Le sol autour est constelle de déchets et il ne veux plus les voir. C’est alors qu’un objet brillant parmi un petit amas d’ordure entre la poubelle et le mur attire son attention. Interloqué, Vincent glisse sa main et sort un petit objet bien inhabituel dans une poubelle du métropolitain. C’est un oeuf, un oeuf tout doré en chocolat, comme les enfants en trouvent à Paques cachés dans le jardin des grands-parents.
Vincent, surpris, renifle d’abord l’oeuf, puis l’ouvre doucement. A l’intérieur, pas de mauvaise blague ni reste de repas: l’oeuf est bien là, intact. Il le soupèse du regard puis le mange simplement, content de sa découverte. Et c’est tout naturellement, alors qu’il déguste ce goûter si inattendu que son attention se porte sur le petit film en aluminium qui recouvrait délicatement le chocolat.
Quelques lettres sont maladroitement écrites à la main sur l’envers du film. Vincent déplie alors lentement l’aluminium et observe.
“Lu..Lux…Luxembourg” lit-il avec un peu d’hésitations.
S’en suit une longue phase de réflexion pendant laquelle Vincent, se lève doucement et se rapproche du train. Puis ayant pris sa décision, il rentre dans le train qui vient d’arriver, son balai à la main.
Arrivé à la station Luxembourg, Vincent inspecte les alentours et parcours le quai, en regardant le sol comme à son habitude. Son balai se fait déjà plus léger et il finit par l’oublier. Il passe
devant quelques poubelles et, derrière une d’entre elles, il remarque à nouveau un oeuf. Mais cette fois ci il est rouge et la poubelle est presque vide. Devenant maintenant de plus en plus intéressé, il prend l’oeuf et l’ouvre très vite. Tout en mangeant le chocolat, il observe à nouveau le papier en aluminium. Comme précédemment, des lettres sont inscrite dessus.
“A..Alé…Alésia”.
Cet fois, il a compris. Il rentre dans le métro qui est sur le point de partir. Il est maintenant plus de 6h et le métro est bondé. Il se faufile un peu brutalement parmi la masse, toujours avec son balai bien sûr. La foule entassée du wagon le regarde bien de travers. Il est si rare de rencontrer un balayeur du métro dont les lèvres dessinent un sourire.
Arrivé à Alesia, il parcourt à nouveau le quai et remarque de loin un homme se pencher sur une poubelle, comme si son regard avait remarqué quelque chose d’inhabituel. Il accélère son pas pour essayer de le prendre de vitesse mais par chance l’homme se retourne pour prendre le métro qui est sur le point de partir. Cet oeuf-là brillait bien évidemment sur le dessus de la poubelle et Vincent est bien content de l’avoir trouvé le premier. Il observe le papier. Après un long moment de déchiffrage, il se jète dans le premier métro venu. Vincent est maintenant décidé à aller jusqu’au bout et trouve de la même manière 3 autres oeufs dans 3 stations différentes. Il se demande si il ne vas ainsi parcourir tout Paris avant de savoir quel est le petit poucet qui a ainsi semé.
Arrivés à Gare de Lyon, il ne parvient pas à trouver l’oeuf. Déçu, il s’assoit, son balai n’a jamais été aussi lourd et sa vie semble plus ennuyeuse que jamais. Puis pris d’une idée, il se dirige vers la poubelle la plus proche et renverse tout par terre. Les poubelles retentissent dans toute la station et les quelques personnes qui occupent le quai le regardent surpris et plutôt inquietes. Il cherche, à quatre pattes parmi les déchets puis passe à une autre poubelle. Quelque cris d’angoisse retentissent dans la station et la plupart des passagers se demandent, en silence, s’il ne devrait pas intervenir. Au
bout de la 4ème, Vincent trouve enfin ce qu’il cherchait.
“Ba..Bast…Bastille”.
Arrivé à Bastille, il ne trouve de nouveau rien et la station est bien trop bondé pour pouvoir renversé toutes les poubelles. Il décide d’attendre et s’assoit doucement à coté d’un clochard. C’est alors qu’il voit, à sa grande surprise que le clochard sort discrètement de sa poche un petit oeuf brillant et le glisse derrière la poubelle qui se trouve à coté de lui. Il le dévisage alors, surpris et lui présente son plus grand sourire. Le clochard étonné que quelqu’un porte sur lui une telle attention, ce qui est bien
inhabituel, lui renvoie la politesse. Puis Vincent sort de ces poches, un à un, tous les petits papiers en aluminium qu’il a récolté. Les deux personnages se regardent en silence, comme complices et d’un coup, ensemble, il commence à rire. Un rire si joyeux et si vrai, un rire qui vient du fond du coeur, un rire si sincère que le monde qui les entoure les regardent. Il voudraient bien savoir ce qu’il y a de si joyeux dans cette vie de balayeur de clochard. Tout cela leur semble bien mystérieux, et pour le moins qu’on puisse dire, un petit peu douteux.
Il est 7h à la station Bastille,
Vincent et Mathieu discute avec bruit et bonne humeur…